Chronovélo : une “concertation” à sens unique …

La municipalité grenobloise avait affirmé une volonté politique forte de promouvoir le vélo en ville, à travers le point 52 de son programme électoral de 2014 : « VISER LE TRIPLEMENT DE LA PRATIQUE DU VÉLO – Pratiquer le vélo deviendra plus facile et sûr, dans le respect de tous les usagers de la rue : automobilistes, cyclistes et piétons. Nous compléterons et sécuriserons le réseau cyclable, avec une priorisation vers les points noirs accidentogènes. Des « boulevards à vélos » seront mis en place, notamment sur les trajets Est-Ouest et Nord-Sud. Des « ambassadeurs du vélo » viendront rencontrer les habitants pour les accompagner vers la pratique du vélo. Le stationnement des vélos sera triplé : arceaux de rues, garages dans les écoles, les gares… Les ateliers de réparation et d’entretien seront développés. »

En principe, la politique de déplacements est de la compétence administrative de la Métro, et on peut être surpris qu’un maire s’engage dans un domaine qui ne serait pas de sa compétence ; mais le vice-président de la Métro aux Déplacements, Yann Mongaburu, est un élu de la Ville de Grenoble et est donc très bien placé pour mettre en œuvre cette volonté.

De son côté, l’association ADTC (Association pour le développement des transports en commun, voies cyclables et piétonnes dans la région grenobloise) a produit en avril 2014 un plan d’action pour « massifier l’usage du vélo dans la métropole grenobloise »  intitulé « Grenoble métropole cyclable ». Les préconisations de ce document ont été largement reprises dans le Plan vélo de la Métro.

Comment la délibération-cadre de la Métro s’est-elle traduite en « schéma directeur des aménagements cyclables 2015-2020 » ?

Un groupe de travail a rassemblé des usagers et des professionnels du vélo, ainsi que des représentants de l’association LAHGGLO (les Associations d’Habitants Grand Grenoble) ; ce travail était nettement dominé par les intérêts catégoriels des usagers du vélo, et n’a pas été publié ni mis en débat. Sur la base de quel diagnostic, de quelles études les conclusions ont-elles été tirées ? Il est curieux de constater qu’on ne trouve aucune information publique à ce sujet, alors qu’il est facile de trouver sur internet des informations complètes pour toutes les villes françaises qui ont travaillé sur la question.

Un schéma a été publié en 2015 dans la presse[1], sans véritable rapport d’étude ni bilan d’une concertation.

Il s’agissait, selon les dires de la Métro, d’un document provisoire qui nécessitait des vérifications de « faisabilité ». « Nous n’en sommes qu’au stade du projet ! Il y aura bien sûr une concertation plus large avec les acteurs économiques, avec les citoyens (…) » déclarait alors Yann Mongaburu[2].

Schéma du Plan vélo de la Métro, publié dans Le Dauphiné du 23 octobre 2015

L’association LAHGGLO avait alors exprimé certaines réserves sur le plan présenté : « Nous avons été surpris par la présentation du projet par la presse en octobre, notamment par son caractère « définitif » qui ne correspond pas à l’esprit dans lequel la commission a travaillé. En particulier, il était clair que les réflexions du « Comité Concertation Vélo » devaient exprimer le « souhaitable » et donc se mener en faisant abstraction de toute autre considération financière, d’impact, ou même de cohabitation avec les autres modes de transport. Cette limite n’apparaît nulle part. »[3]

Dans ces conditions, il est déjà étrange d’approuver un plan avant d’en avoir testé la faisabilité. Il est encore plus étonnant qu’aucune information concrète n’ait été diffusée sur ce plan et sur son évolution pendant les presque 3 ans qui ont suivi, malgré les demandes répétées de concertation de plusieurs associations grenobloises (Unions de Quartiers, Conseils Citoyens Indépendants) dès l’automne 2016.

Réponse des élus de Grenoble à cette question : cela ne concerne pas la Ville de Grenoble, puisque c’est du ressort administratif de la Métro. Réponse peu satisfaisante, voire franchement incorrecte : comme l’a souligné à plusieurs reprises le vice-président de la Métro[4], chaque commune a son mot à dire, un avis à donner sur les projets sur son territoire, avec le pouvoir d’orienter les études voire de bloquer les projets, et chaque commune est responsable des modalités de la concertation publique sur son territoire. Imagine-t-on d’autres maires de l’agglomération prétendre un tel effacement devant le pouvoir de la Métro ?

En vrai, le maire de Grenoble a été bien content de partager avec la Métro un prix décerné par la FUB (Fédération des usagers de la bicyclette) en mars 2018[5], pour leur action (conjointe ?) pour le développement du vélo en ville. Et le conseiller municipal délégué aux déplacements, Jacques Wiart, a revendiqué clairement la politique municipale conjointement avec la Métro lors des réunions d’information du début de l’été 2018.

Entretemps, deux ans de perdus pour la concertation à Grenoble…

De son côté, la Métro a adopté un projet d’aménagement cycles en 2017, qui est identique ou presque au premier schéma de 2015, sans aucune trace de concertation intermédiaire.

Schéma annexé à la délibération de la Métro du 30 juin 2017

À Grenoble, il a fallu attendre mi-2018 pour découvrir les projets Chronovélo secteur par secteur[6]. Au cours de ces réunions ont été présentés des projets à la fois définitifs (pas de scénarios alternatifs soumis au débat) et incomplets (présentation tronçon par tronçon, absence de vision globale, pas d’évaluation des incidences pour les piétons et la circulation automobile, bilans incomplets sur le stationnement des vélos comme des automobiles, absence de réflexion sur les croisements et les changements de direction, nombreux points noirs sans solutions, etc.).

Et surtout, les projets présentés s’appuient toujours sur le modèle apparemment indiscutable d’une « autoroute à vélos », quelle que soit le lieu …

Fin de la concertation, sans qu’elle ait jamais commencé

Dans une lettre adressée au Maire de Grenoble ainsi qu’aux Présidents de la Métro et du SMTC, le CLUQ (Comité de Liaison des Unions de Quartier) a demandé début octobre 2018 que la concertation promise en 2015 par Yann Mongaburu devienne réalité. La réponse leur est rapidement parvenue par voie de presse, M. Jacques Wiart conseiller (municipal aux déplacements) annonçant « Nous allons désormais de l’avant et nous déroulons le plan ».

Fin de la concertation, sans qu’elle ait jamais commencé.

🚴ki🚶 collectif Le Vélo Qui Marche – 🚴ki👍  

Références

    1. Le Dauphiné du 23 octobre 2015.
    1. Ibidem.
    1. LAHGGLO, courrier à la Métro du 22 juin 2015
    1. Lors de Comités déplacements de la Métro, notamment.
    1. Source : lametro.fr, actualités, 16 mars 2018. En fait, ce prix est décerné à l’issue d’une consultation d’usagers par internet, et semble surtout montrer la forte capacité des cyclistes grenoblois à se mobiliser pour leurs intérêts.
  1. Réunions « de dialogue » : 3 mai 2018 sur le secteur de la gare, 7 juin sur le secteur de l’estacade, 4 juillet sur le cours Berriat ; réunion publique du 3 juillet 2018.

Partager cet article sur vos réseaux

Articles similaires

Commencez à saisir votre recherche ci-dessus et pressez Entrée pour rechercher. ESC pour annuler.

Retour en haut